Le sujet de l'épreuve mineure du concours blanc organisé par le centre local stéphanois de l'IUFM de Lyon était : "les conséquences de la première guerre mondiale sur les sociétés
européennes".
On notera que l'un des premiers problèmes posés par ce sujet était son absence de datation. Or, comme l'ont fait remarquer quelques candidats, les conséquences de ce conflit inédit par sa nature
et son extrême violence ne se limitent pas au court terme mais sont visibles sur un temps plus long, notamment pour la période de l'entre-deux-guerres. Deuxième difficulté : bien cerner le sujet
et le limiter à des aspects sociaux. Trop de candidats au lieu d'évoquer les sociétés abordent les transformations territoriales de l'Europe en centrant leur réflexion sur les Etats. Ces
hors-sujets manifestes entraînent une perte de temps et un traitement trop rapide de ce qui devait constituer l'essentiel du devoir.
Voici quelques pistes de correction proposées par Evelyne Soulas pour traiter le sujet :
La première guerre mondiale par sa longueur (1er Août 1914/11 Nov. 1918) par les caractéristiques de son déroulement a profondément marqué les hommes qui l’ont vécue et est ainsi à
l’origine de profondes transformations des sociétés. Parmi ses caractéristiques lesquelles laissent le plus de traces et vont servir de base à la reconstruction des sociétés
d’après guerre ?
Les sociétés d’après guerre vont être profondément marquées par l’ampleur du nombre des morts (10 millons en Europe) mais aussi par le nombre de blessés, de mutilés et de traumatisés
psychologiques qui auront beaucoup de mal à réintégrer une vie normale après la fin des combats. L’ensemble de l’Europe est marquée par le deuil et partout on érige des monuments aux morts et
s’organise le culte du souvenir en même temps qu’il faut prendre en charge tant de veuves et d'orphelins. Dans ce contexte il est important d’affirmer que cette guerre est « la der des ders »
et des courants pacifistes aux couleurs politiques diverses se développent dans tous les pays. Tous sont bien décidés à ne faire aucune concession pour sauver à tout prix une paix si
chèrement acquise. Cette guerre a par ailleurs entraîné une perte de repères sociaux. Au niveau des richesses par exemple elle a apporté de nombreux reclassements. Certains se sont appauvris
au fil de ces quatre années de guerre (absence de hommes partis au front), et de nombreux rentiers se sont même retrouvés ruinés (ex. les possesseurs d’emprunts russes qui ne sont pas honorés par
le nouveau gouvernement) alors que les profiteurs de guerre affichent leur réussite.
La première guerre mondiale se caractérise aussi par ce que l’on appelle la brutalisation du conflit. Les combattants ont été pendant un temps effroyablement long confrontés à la mort subie, ou
donnée, dans des conditions qui les conduisaient parfois à en oublier même leur condition d’homme lorsqu’ils étaient amenés transgresser les principales valeurs humaines pour
survivre. Cela a conduit à une certaine banalisation de la violence, source de l’acceptation de toutes les violences ensuite. Les populations civiles aussi ont été impliquées
dans le conflit (pour l’économie de guerre : ex. les munitionnettes à St- Etienne) quelque soit leur âge ou leur sexe, et l’opposition front/arrière s’est effacée. On assiste en 1915 au
premier génocide du XXème siècle qui touche plus de 1,5 milllons d’arméniens en Turquie. La révolution russe, si elle a suscité de nombreux espoirs, devient aussi un modèle de règlement des
antagonismes politiques par l’élimination totale le l’adversaire et à l’extrême gauche comme à l’extrême droite la violence va être érigée en valeur et va être utilisée pour justifier les moyens
employés pour contrôler la société dans le but de la régénérer.
Les traumatismes laissés par cette guerre sont extrêmement nombreux et ont constitué le creuset dans lequel vont se forger les totalitarismes.
Pour compléter ce travail, vous pouvez aussi consulter des travaux d'élèves de Première sur cette période, notamment
les articles des groupes ayant travaillé sur le thème de l'après-guerre.
Monument aux morts de la commune guadeloupéenne de Saint-François rappelant la vigueur du patriotisme et la lourdeur du chagrin des
veuves de guerre.
Par E. SOULAS et G. SABATIER
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Publié dans : L'HISTOIRE AU CONCOURS
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