Sujet de Majeure : Les caractéristiques et spécificités des territoires ultramarins français.
Comme pour les autres corrections, celle-ci est relativement étoffée, moyen de consolider les connaissances des candidats au
concours. Le corrigé donne aussi des indications sur les écueils ou maladresses à éviter. Bonne lecture !
I. Partie scientifique.
Problématique :
Quelles sont les spécificités des territoires ultramarins français par rapport à la métropole d’une part et aux pays environnants d’autre part ? Quels sont leurs atouts et leurs faiblesses ?
1. Les « miettes de l’ancien empire colonial ».
a) L’évolution historique.
-les territoires ultramarins français qui comptent aujourd’hui environ 2,5 millions d’habitants correspondent pour l’essentiel aux « vieilles colonies » conquises depuis l’Ancien Régime, et qui ont été les seules à connaître une politique d’assimilation
-un passé souvent douloureux : marqué par l’esclavage ou pour certains par la déportation des condamnés métropolitains (Nouvelle Calédonie, Guyane)
-l’organisation socio-économique actuelle reste marquée par ce passé (domination économique des descendants des anciens grands propriétaires (doc 6))
b) La localisation géographique et la diversité des statuts.
-la carte 1 localise les principaux territoires ultramarins par rapport à la métropole :
-on évitera l’énumération et on se contentera de préciser la distinction entre les 2 espaces continentaux (Guyane et Terre Adélie) et les îles majoritairement tropicales
-on précisera aussi que certains espaces sont très peuplés (Réunion; Guadeloupe ; Martinique), tandis que d’autres sont déserts
-3° information : l’éloignement par rapport à la métropole (mesurable en km mais aussi en termes médiatiques, politiques… !)
-la réforme constitutionnelle de 2003 a modifié les statuts (en fonction du nombre d’habitants et du degré d’autonomie interne) :
-les DROM sont à la fois départements et régions avec davantage d’autonomie ; ils correspondent aussi aux « régions ultra périphériques » (RUP) de l’UE (avec Açores, Madère, Canaries)
-les COM ont une autonomie plus forte (une assemblée territoriale gère les affaires internes)
-les TAAF et propriétés domaniales de l’Etat sont peu peuplés
-la question du sentiment d’appartenance à la France pourra être évoquée à partir de quelques ex :
-la Nouvelle Calédonie où un référendum d’autodétermination déjà reporté devrait avoir lieu en 2014
-l’île de Mayotte restée seule française dans l’archipel des Comores
2. Une organisation socio-économique marquée par le mal–développement.
- rappel : le mal développement correspond à une croissance économique qui ne s’accompagne pas d’une redistribution suffisante des richesses permettant une véritable amélioration des conditions de vie des populations
a) Des « îlots » de richesse au sein d’espaces généralement pauvres :
-le doc 4 montre que selon différents indicateurs démographiques et socio-économiques (espérance de vie à la naissance, taux de mortalité infantile, IDH), les conditions de vie dans les DROM sont toujours meilleures que dans la plupart des pays environnants (à part avec les EU dans l’espace Caraïbe)
-cette situation provient en partie des effets de l’économie de transfert qui caractérise ces territoires : aides de la métropole ou de l’UE en particulier pour l’agriculture ; salaires des fonctionnaires…
-par contre, les différences de salaires posent de sérieux problèmes de
concurrence car les coûts de production sont moindres dans les pays voisins
- ex pour les bananes
antillaises
- ex pour le tourisme avec en plus la barrière de la langue (les anglophones évitent les îles françaises)
- autre conséquence : ces espaces sont souvent très attractifs pour les populations des pays voisins ; le différentiel de revenus entraine une immigration parfois difficile à contrôler (Comores, Guyane)
b) Les problèmes économiques et sociaux :
- le doc 4 montre que les DROM systématiquement défavorisés par rapport à la métropole :
- un marché du travail déséquilibré : très fort chômage (jusqu’à 1/3 pop active à la Réunion) et sous-emploi
- des revenus moyens très inférieurs à ceux de la métropole
- un nombre important de « bénéficiaires » du RMI
-doc 6 : cet article de journal pour adolescents évoque les luttes contre ces inégalités :
- grève dure et longue en Guadeloupe contre la vie chère (surcoûts par rapport à la métropole) ;
- dénonciation de la « profitation » : concentration des pouvoirs politiques et économiques par les « beké », descendants des anciens maîtres de l’île
- par ailleurs, on décrira une économie dépendante et pas assez diversifiée :
- importance du secteur primaire (agriculture tropicale) ou de la production minière (Nouvelle Calédonie, Guyane) ; des industries de simple transformation de ces produits (secteur agroalimentaire évoqué dans le doc 5)
=>dépendance par rapport à un nombre limité de produits, de l’évolution des cours ou encore des catastrophes climatiques (doc 2)
- hypertrophie du tertiaire : fonction publique qui offre des salaires attractifs par rapport aux autres secteurs d’activité ; tourisme dont les emplois sont souvent précaires et peu rémunérés (fort turn over) et dont une partie importante des revenus revient à des tours opérateurs métropolitains
- enfin, l’exigüité du marché local, due à l’insularité et au nombre limité d’habitants, pose des problèmes aux entreprises
-doc 2 : au-delà du rappel de l’extrême sensibilité de nombreux DROM aux risques naturels (localisation sur la trajectoire de cyclones, îles volcaniques avec des éruptions passées meurtrières comme celle de la Montagne Pelée), cette dépêche de l’AFP montre 2 problèmes :
-les fragilités d’une économie trop spécialisée (80 à 100% des bananeraies dévastées, auxquelles il faut ajouter les conséquences touristiques)
-les difficultés de ces sociétés à gérer les catastrophes naturelles
c) Les conséquences démographiques :
-doc 4 : il ne s’agit pas de faire une analyse détaillée de la multitude de chiffres du tableau (dont certains sont redondants), mais de faire apparaître les principaux clivages en s’appuyant sur quelques données :
-mise à part la Guyane, les DROM sont en train de terminer leur transition démographique (fécondité, natalité, accroissement naturel)
-leur population vieillit (espérance de vie) mais reste encore jeune par rapport à la métropole ce qui pose des problèmes de formation et des difficultés pour rentrer dans le marché du travail
-les conditions sanitaires ne sont pas encore au niveau de la métropole (mortalité infantile)
- on évoquera également les migrations entre les DROM et la métropole : les départs de jeunes travailleurs vers la métropole existent depuis longtemps ; on observe aussi des migrations de retour de retraités
d) Une organisation spatiale déséquilibrée.
-doc 3 : l’organisation spatiale de la Réunion montre un déséquilibre majeur littoral / intérieur que l’on retrouve aussi dans d’autres territoires :
- le littoral regroupe l’essentiel des habitants, des activités et des infrastructures (route circulaire); la ville de St Denis constitue la principale interface entre l’île et le reste du monde ; l’activité touristique reste concentrée sur le littoral à l’abri des alizées
- l’intérieur : à part les régions agricoles sur les versants, cet espace reste en marge du développement (faibles
densités, pauvreté) ; c’est aussi une réserve de nature investie ponctuellement par les touristes
Les espaces intérieurs ponctuellement investis par les touristes : le volcan de la Soufrière à la Guadeloupe
-doc 5 : la photo et le texte décrivent le fonctionnement d’une enclave touristique en Martinique :
- le choix délibéré d’un tourisme de luxe qui explique que les raisons de son implantation sont plus liées à la situation (proximité de l’aéroport) qu’à l’attrait du site
- la séparation nette avec le reste du territoire et donc les faiblesses des retombées économiques locales ; cette séparation géographique s’accompagne d’un fossé culturel entre les touristes et la population locale
- on pourra aussi évoquer les problèmes environnementaux de ce type d’aménagement (gestion de l’eau…)
3. Les atouts de ces territoires pour la France.
-cette question apparaît moins dans les documents qui seront seulement cités)
-une réserve d’espace :
- la Guyane : plus grande réserve naturelle française avec un (petit) morceau de forêt dense tropicale humide d’une très grande biodiversité
- d’importantes ZEE - zones économiques exclusives- (11 millions de km²) (potentialités pour la pêche, l’exploitation de nodules polymétalliques…) (doc 1)
-les atouts économiques :
- la localisation tropicale de nombreux DROM permet des productions agricoles impossibles en métropole
- les « paradis tropicaux » alimentent aussi l’offre touristique française (doc 5)
- les richesses naturelles (nickel de Nouvelle Calédonie, or de Guyane)
- la base de lancement de la fusée Ariane à Kourou (localisation proche de l’équateur)
-les enjeux géopolitiques :
- la raison militaire pour les essais nucléaires vers l’île de Mururoa a disparu
- par contre, la dispersion des territoires ultramarins sur l’ensemble du globe accroît la place de la France dans le monde (discussions internationales…)
-la richesse culturelle :
-les territoires ultramarins font partie de l’espace de la francophonie
-la culture créole enrichie de multiples apports (sans se limiter à la musique !)
Cérémonie tamoule dans l'Ile de la Réunion, entre
civilisation européenne, africaine... et asiatique
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